Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /Fév /2007 21:44

-7-

 

 

Il était à présent dans un petit appartement, un des derniers du style Haussmannien qui avait fait la grandeur de Paris deux siècles auparavant, quand l’humanité était encore la seule espèce intelligente sur Terre. Les moulures et les cheminées dans chaque pièce s’étaient encrassées et avaient pris une apparence macabre. Les demeures autrefois réservées aux riches étaient devenues celles des déshérités. Dans ces appartements délabrés avaient eu lieux beaucoup de sales histoires. Les feuilles de loyer étaient rarement en règle et si on payait un petit supplément, on pouvait facilement faire disparaitre son nom de tous les papiers officiels. C’est ce qu’avait fait Matéo Del Nuevo, pensant trouver une couverture pour un temps. Il n’y avait pas de lumière ni de chauffage et l’eau courante était disponible uniquement sur le palier, mais il avait pris le soin de remplir les tiroirs de provisions de manière à tenir plusieurs semaines sans sortir. C’est ici qu’il apprendrait à manier l’Epée de Kashnär.

 

Pour le moment il avait d’autres préoccupations. Il laissa tomber l’arme qui cassa une planche du parquet grinçant en tombant puis il entreprit de faire bouillir une bassine d’eau. Extraire la balle ne serait pas une partie de plaisir mais il avait acquis suffisamment de notions en médecine quand il combattait aux cotés du Commandant Varquez pour se lancer avec assurance dans l’opération. Il se fit un garrot en haut de sa cuisse et attendit quelques instants avant de chauffer à blanc une paire de pinces de chirurgie qu’il avait prévu pour le cas où il serait blessé. Tout en enfonçant la pince brulante dans sa chaire, son regard se posa sur l’épée.

 

Sa lame était d’une rare sobriété, large, sans fioritures, pas même une ligne suivait le fil, pas même une rayure ne la souillait. On aurait dit qu’elle n’avait jamais été utilisée, ou plutôt qu’aucun coup n’avait pu y faire la moindre encoche. Le métal qui la composait était pâle comparé aux autres lames forgées par les sariens. Elle était presque blanche, pas une blancheur qui évoque la pureté mais une blancheur froide comme l’absence de toute émotion. Elle semblait tuer sans rien ressentir, pas une rayure n’aurait pu témoigner de sa faiblesse. A l’inverse, la garde était une véritable œuvre de joaillerie. On y voyait combattre d’étranges chimères issues des croyances sarienne. Tous ces monstres s’emmêlaient dans un labyrinthe de chaire, de plumes et d’écailles ciselé avec une précision infinie. Au milieu, une étrange pierre bleue, le seul matériau qui contrastait avec le reste de l’arme, semblait effrayer les créatures au point que les combats cessaient sur ses contours. Si la sobriété de la lame semblait s’opposer à sa garde sophistiquée, l’ensemble n’en demeurait pas moins uni. Les deux opposés s’accordaient parfaitement pour former une seule et unique entité.

 

La balle rebondit en tombant sur le plancher. Il fit cicatriser la plaie au fer rouge et une fumée malodorante se répandit dans la pièce. Il se leva en titubant. En voulant rattraper l’épée, il tomba de tout son long sur le plancher où il s’endormit aussitôt.

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Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /Fév /2007 21:42

-6-

 

 

Dans les locaux de la police, l’inspecteur Knight s’arrachait les cheveux d’avoir laissé échapper l’homme. S’il n’avait pas mis la main sur le voleur avant qu’arrive les forces spéciales, il allait en prendre pour son grade. Mais Shaär n’en resterait pas là. Il détruirait sa carrière par tous les moyens. On remettrait sur le tapis ses anciens liens avec la résistance. Un tel échec ne pouvait être toléré pour les sariens, il risquait gros et il en avait conscience. Mais l’heure n’était pas aux lamentations. Il fallait faire avancer l’enquête, trouver les motivations du mystérieux ravisseur. Pour cela, il fallait commencer par comprendre d’où venait ce troupeau de chevaux qui avait mis en déroute l’attention de tous les agents présents. « Ce n’est quand même pas si simple de cacher une vingtaine chevaux dans le centre-ville de Paris, pensait l’inspecteur, il suffit de faire le recoupement entre les différents lieux où ils ont été abattus ». Il demanda une carte qu’un agent lui amena presque aussitôt et marqua différents points d’une croix au rouge. Lorsque le résultat lui apparut sous les yeux, un standardiste arriva à lui en courant :

« -Inspecteur, on vient de recevoir un appel de la Garde Montée.

-Ca sautait aux yeux ! Le seul endroit où l’on trouve des chevaux dans une grande ville, grogna l’inspecteur en maudissant son manque de déduction.

-Ils ont trouvé les portes ouvertes et les chevaux n’étaient plus là. A cette heure, toute la caserne était au repos dans les salles communes. Les portes n’ont pas été forcées, on n’a aucun témoin mais il parait certain que c’est l’un des gardes qui a fait le coup.

-Et d’où nous vient cette certitude ?

-On l’a trouvé pendu dans les dortoirs inspecteur. Un dénommé Träg Gashär…

-Un sarien ? s’étonna-t-il.

-Comme vous dites. On  trouvé un étrange message sur sa couche, je l’ai noté sur un quelque part… »

Le jeune standardiste, visiblement un peu désordonné, fouilla quelque secondes dans ses affaires avant d’en sortir un bout de papier volant qu’il lut à voix haute : « Sariens nous sommes, sariens nous resterons », puis il haussa les épaules et s’en alla rejoindre le reste de son équipe.

 

A présent l’inspecteur n’y comprenait plus rien, un sarien qui aurait voulu que l’épée soit volée et qui ne l’aurait pas fait dans son propre intérêt mais pour celui d’un humain. Ca n’avait aucun sens. Pas plus que le dernier message qu’il avait laissé. « Sarien nous sommes, sariens nous resterons », se répéta l’inspecteur. Il ne fallait pas non plus omettre l’hypothèse d’un coup monté. Même si l’idée d’un militaire sarien entrainé pour le combat se laissant passer la corde au cou sans essayer de se défendre paraissait assez farfelue, on pouvait quand même imaginer un sombre chantage. Sa vie contre celle de…

« Avait-il de la famille ? s’écria l’inspecteur. Je veux des renseignements sur tous les êtres qui lui étaient chers, sur tous événements importants de sa vie… N’importe quoi qui puisse expliquer son geste. »

Après quoi, les supérieurs hiérarchiques passèrent des instructions à leurs subordonnés et une effervescence soudaine se déclencha dans le bâtiment qui était resté bien calme jusqu’ici. L’inspecteur Knight passa un gros manteau rembourré et demanda à deux hommes de l’accompagner sur les lieux du suicide.

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Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /Fév /2007 21:29

 

-5-

 

 

L’homme et son cheval étaient maintenant au beau milieu du fleuve. La pluie battante rendait la visibilité quasiment nulle aux patrouilles de police qui sillonnaient les quais de Seine. Le cavalier avait pris soin de rattacher une corde à la selle du cheval et essayait tant bien que mal de remonter le fil malgré le poids horriblement lourd de son butin. Quand ses mains atteignirent les derniers décimètres de corde, il pu reprendre son souffle quelques instants et jauger la situation. Maintenant, il ne dépendait plus que d’un animal effrayé qui ne pensait qu’à nager vers la rive la plus proche, à contre courant par-dessus le marché. Au loin, on voyait les sirènes hurler et scintiller derrière un épais rideau de pluie qui couvrait le champ de vision.

 

Quand ils furent relativement proche du bord, un rayon lumineux apparut. La police avait placé des projecteurs et l’un d’eux sillonnait la surface de l’eau dans leur direction.

Sur le pont, un groupe de policier s’occupait d’orienter l’énorme projecteur. Deux commissaires ventripotents abrités sous un grand parapluie observaient la surface penchés de tout leur poids sur la barrière de sécurité :

« -T’es sur que t’as vu quelque chose ?

-Je te jure que oui. Y’a pas cinq minutes… une forme dans l’eau… par là, dit l’homme en désignant une partie du fleuve.

-L’autre observa quelques secondes sans réelle conviction, puis ajouta, il est accusé de quoi l’homme que l’on cherche au juste ?

-Comment ça, t’es pas au courant ?

-Non pas que je sache. Y’a pas dix minutes je faisais des acrobaties avec ma femme et je me retrouve à chercher un mec à cheval au milieu de la Seine.

-Alors t’as pas regardé la télé. Ils ne parlent que de ça. Le mec a volé le gadget préféré des Sariens : une épée. Je crois que ça doit valoir une fortune.

-Je crois surtout qu’il s’est foutu dans la merde. Il est bon pour les prisons de Sarion après ça. Il regarda le ciel quelques secondes, poussa un soupir et ajouta, Dieu seul sait ce qu’ils font subir aux détenus là-bas.

-N’empèche, c’était bien joué de prendre un cheval. Le seul véhicule à ne pas pouvoir être contrôlé à distance par le central. Il est vachement malin ce gaillard, et on raconte qu’il a mis au tapis une bonne dizaine de sariens. Ca me ferais bien marrer de voir la tête de ces salles envahisseurs maintenant ! dit le policier en tapant sur l’épaule de l’autre.

-Tu sais que je ne partage pas tes idées, dit l’autre d’un air blasé, et… »

 

Les deux agents stoppèrent net leur conversation. Au bout du pont, on entendait distinctement le bruit d’un cheval au galop. Tous les policiers se cachèrent aussitôt derrière leurs véhicules et braquèrent leurs armes dans la direction d’où venait le bruit. Les hommes qui tenaient le projecteur le lâchèrent aussitôt pour rejoindre leurs collègues. Tout était sombre, les torches sillonnaient vaguement l’espace mais leurs rayons éclairaient bien peu. Ils ne pourraient le voir que pendant un court moment et ils n’auraient donc pas le droit à l’erreur. Le bruit se faisait de plus en plus fort, de plus en plus proche…

Soudain ils virent se dessiner la silhouette d’un cheval noir. Sous cette pluie, il semblait sortit d’un rêve. Les hommes ne réfléchirent pas une seconde, selon les ordres ils devaient tirer à vue. Ce qu’ils firent. Plusieurs coups de feu résonnèrent suivit du bruit lourd d’un cheval tombant à terre. Ils avaient eu la monture mais le cavalier restait introuvable. Un des commissaires prit la radio d’un coup sec sans pour autant abaisser son arme. Tout le monde était sur les nerfs.

« -Agent Nguyen. On vient d’abattre un cheval sur le Pont Neuf. On n’a pas de trace de notre homme mais il doit être dans le secteur. Envoyez-nous des renforts.

-Très bien je… commença la voix d’une jeune femme avant de se faire couper par un vieux quinquagénaire visiblement agacé.

-Inspecteur Knight. C’est le troisième cheval qui se fait abattre dans le quartier. Laissez tomber, c’est une diversion. Ne lâchez pas la Seine des yeux surtout ! »

 

Aussitôt, les hommes remontèrent sur la plate forme du projecteur et la lumière blanche reprit sa ballade sur la surface de l’eau. Mais trop tard. L’homme se débattait maintenant dans un des longs boyaux qui déversent les déchets de Paris et remontait, tant bien que mal, vers les égouts. Pendant ce temps, son cheval galopait avec les autres dans les rues de l’ancienne capitale.

Au bout de quelques minutes d’une course douloureuse sous la terre. L’homme leva la tête vers une plaque d’égout qu’on atteignait en grimpant à une échelle incrustée dans le mur. C’était là haut qu’il trouverait refuge pour un temps.

 

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Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 21:17

-4-

 

 

L’inspecteur Knight avait à peine eut le temps de faire quelques pas vers le combiné que plusieurs autres téléphones s’étaient mis à sonner. Puis en l’espace de quelques minutes, c’était tous les téléphones qui sonnaient dans un vacarme assourdissant. Les assistants ne savaient plus où donner de la tête. Certains essayaient de prendre plusieurs appels en même temps, mais c’était un exercice périlleux face à des sariens en colère qui n’arrivaient plus à se contenir et hurlaient de leur grosse voix dans le combiné. « C’est impensable ! Comment avez-vous pu laisser faire ça ! », « L’Epée de Kashnär est le fondement de notre culture », « Nous n’aurions jamais du faire confiance à votre méprisable race ! »… Le standard était maintenant saturé d’appels.

L’inspecteur Knight était resté en retrait. Il mâchonnait nerveusement le filtre de cigarette qui lui restait dans la bouche et s’essuyait le front de manière répétitive. Il attendait l’appel du ministre des affaires étrangères d’une minute à l’autre et il savait que la partie était loin d’être gagnée. Jamais encore, il n’avait eut l’occasion de parler à un dirigeant sarien mais il aurait préféré que cela se fasse dans d’autres circonstances. Dans ses apparitions à la télévision, Shaär était connu pour sa manière de briser ses adversaires en quelques mots efficaces :

 

Un assistant se leva soudain et annonça :

« On a le ministre Shaär en ligne. Il veut vous parler. »

L’inspecteur prit l’appel sur la ligne privée.

« -Monsieur, tout notre peuple s’unit à moi pour présenter nos profondes excuses pour cet incident. Croyez bien que nous mettons déjà tout en œuvre pour récupérer cette arme et nous sommes conscients de son importance capitale pour votre peuple.

-Inspecteur, sachez que je n’ai pas l’habitude de traiter avec le petit personnel. Pour vous je consens à faire une exception mais faite vite. Où en est l’affaire ?

-Il semblerait que le suspect ait sauté du septième étage dans la Seine. Nos équipes ont bouclé le secteur et sillonnent les quais. Il aurait aussi été blessé. Nos caméras ont tout filmé. A l’heure qu’il est le filet se resserre. Un fugitif ne tient pas longtemps en plein Paris. D’autant plus qu’il aurait fait cette opération à visage découvert.

-Qui est-ce ?

-Un certain Matéo Del Nuevo, 22 ans. Il aurait été enrôlé de force dans l’armée séparatiste du Commandant Varquez il y’a trois ans de ça. Après la chute de Varquez et la fin du mondialisme, sa famille a été assassinée pour un règlement de compte dans un quartier à risque de l’ancienne Argentine. A partir de ce jour, on n’a plus eut de nouvelles de lui. On pensait qu’il s’était sans doute suicidé et qu’on n’avait jamais retrouvé le corps. Mais nous savons aujourd’hui que nos hypothèses étaient fausses.

-Vos services de renseignement laissent à désirer…

-Si je ne m’abuse, Vasquez est actuellement détenu sur Sarion ? se risqua l’inspecteur, ce genre de dossiers étaient classés confidentiels et peu de gens avaient accès à ce type d’informations. Peut-être obtiendrez-vous de lui des renseignements plus clairs au sujet de notre cible en l’interrogeant ?

-Vous vous aventurez en terrain dangereux inspecteur. Sachez que ce qu’il se passe sur Sarion ne concerne aucunement les humains. A l’heure actuelle, un groupe d’intervention rapide est en partance pour la Terre. Ils arriveront dans 3 jours. Espérons que notre criminel sera sous les verrous d’ici là. En attendant vous collaborerez avec la police sarienne.

-Mais notre police est tout à fait habilitée à régler ce genre d’affaire…

-Sachez que le genre d’affaire dont vous parlez est un grave accident diplomatique et qu’il est possible que la survie de votre race ne dépende que de votre capacité à rattraper ce criminel. Je vous conseille de faire vite et de profiter de tous les atouts que vous avez en main ! Avez-vous d’autres informations à nous communiquer concernant cette affaire ?

-Il hésita un instant et ajouta, un de vos gardes en poste a déclaré que l’homme aurait été aidé par un complice. Ou plutôt une complice. C’est elle qui aurait déposé l’explosif sous la porte. Mais il ne semblait plus vraiment conscient au moment où il parlait. Il n’a pas pu nous la décrire. A l’heure où je vous parle, il est dans le coma.

-Entendu, dit le ministre avant de raccrocher sèchement, à la manière des sariens. »

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Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 21:17

-3-

 

 

La pluie battait toujours le pavé. Les gardes crurent tout d’abord halluciner en voyant la silhouette d’un cavalier se dessiner à l’autre bout de la place. Ils n’eurent pas le temps d’en savoir plus. Une détonation se fit entendre dans tout le quartier. La porte explosa. Les gardes furent projetés par la violence de l’explosion. Ils ne furent pas les seules victimes, les premières rangées de manifestants avaient aussi été touchées. Les hommes tiraient les corps hors des flammes, les gens criaient, les femmes pleuraient. Plusieurs autres détonations suivirent, c’était les voitures touchées par l’explosion. Malgré leur résistance physique largement supérieure, les gardes sariens avaient été gravement blessés. L’un d’eux fut projeté sur une des voitures qui brulaient. Il hurla plusieurs minutes avant de mourir. Aucun humain ici présent n’aurait apporté d’aide à un sarien mourant. La moitié de la place avait été mise à feu et à sang en l’espace d’une seconde.

Le cavalier, qui était bien réel, ne s’était pas arrêté un seul instant pour contempler l’horreur de la scène. Il traversait déjà la place comme une flèche, renversant et piétinant ceux qui se trouvait sur sa route. Le garde qui avait survécu tenta de tirer sur l’homme à plusieurs reprise mais en vain. Il était trop étourdi pour viser correctement. De plus il était inutile d’aggraver sa situation en tuant accidentellement quelques humains.

 

Le cavalier franchit la porte et s’engouffra dans les couloirs du Musée. Il semblait avoir une connaissance parfaite de ce labyrinthe de salles aux noms plus étranges les uns que les autres. Il traversa la salle de l’ère primale où des vitrines regorgeaient d’armes blanches aux proportions gigantesques, épées primitives, masses d’armes, faux, hachoirs… Aucune d’entre elles ne pouvait être maniée par des bras humains. Chose normale quand on sait que les premiers sariens mesuraient plus de trois mètres de haut. Au contraire de l’homme, ils avaient rétrécis en évoluant et leur taille moyenne avoisinait maintenant les deux mètres cinquante.

Trois couloirs partaient ensuite dans trois directions différentes. On pouvait lire « Clan d’Ashnär », « Clan de Häar » et « Clan de Kröy ». Le cheval se rua dans le premier couloir alors que plusieurs gardes arrivaient déjà à l’entrée du Musée. Les pièces se succédaient ensuite selon les différents chefs de clan : Ashnär premier du nom, Arashär, Kashär…

Les gardes approchaient rapidement. Les sariens étaient imbattables sur la vitesse quand ils se mettaient en position de quadrupède. L’homme vit débouler trois gardes au bout du couloir. Les sabots du cheval, en proie à la panique, glissèrent sur le carrelage et il faillit perdre l’équilibre. Il se rétablit rapidement et reprit sa course effrénée. Ce que l’homme était venu chercher était dans la prochaine salle, celle qui rejoignait les deux autres couloirs sous le nom « Unification de Kashnär ». C’était à cette époque que le légendaire Kashnär avait réunis les trois clans rivaux sous une même bannière. Comme il en avait toujours été dans l’histoire sarienne, l’unification s’était fait dans une violence extrême. L’objet de cette violence trônait au milieu de la pièce, c’était l’Epée de l’Unification.

 

Les trois sariens n’étaient plus qu’à quelques mètres de lui, leur visage furieux et leurs canines exagérément longues faisaient penser à des animaux quand ils couraient en position de quadrupède. Le cheval se cabra et brisa d’un coup de sabot la bulle de verre qui protégeait l’épée. Aussitôt le système de sécurité se mit en place et des grilles tombèrent du plafond. C’était juste quand il fallait. Deux des gardes étaient sous la grille au moment de sa chute. Ils furent stoppés dans leur élan, coincés par leur propre piège. Leurs corps empêchaient la cage de se refermer complètement. Il restait environ un mètre de hauteur où se faufiler. Cependant, le dernier garde était toujours à l’extérieur et libre de ses mouvement. Mais il était trop gros pour passer sous la grille.

Le cavalier tira soudain sur la bride gauche du cheval de toutes ses forces qui, sous le coup de la douleur, tourna aussitôt et si brusquement que ses sabots glissèrent sur le carrelage. L’animal tomba sur le flanc sous les grilles et son cavalier fut propulsé de l’autre coté. Le dernier garde lui bondit dessus. Mais il réalisa trop tard que son adversaire avait empoigné l’épée dans sa chute. Il s’empala de lui-même sur la lame gigantesque que sa cible avait brandie dans un geste de survie désespéré.

Le cheval s’était déjà relevé de l’autre coté des grilles et prenait la fuite en proie à la folie. L’homme se précipita vers sa monture. Plusieurs coups de feu résonnèrent dans la grande salle de marbre. L’un des gardes avait réussit à dégager son bras de sous la grille et brandissait une arme à feu encore fumante. L’homme était touché à la cuisse mais à aucun moment il ne lâcha l’Epée de Kashnär. Malgré son poids qui le ralentissait, il avait traversé la salle en trainant cet énorme objet derrière lui.

 

Il marchait avec difficulté vers la prochaine pièce du musée, celle qui s’appelait « la Modernisation de Höm ». On y voyait toutes sortes d’armes à feu, plus puissante les unes que les autres. Quelques outils aussi, mais bien peu car l’histoire sarienne se résumait avant tout à une suite de guerres et d’affrontements. Au milieu de tout ça, le cheval attendait son cavalier, comme si il avait réalisé qu’il ne pouvait s’en sortir sans personne pour le guider. L’homme remonta et fila vers la salle nommé « Conquêtes Planétaires de Harshär » alors que les couloirs résonnaient du pas brutal d’au moins une dizaine de sariens.

Dans l’ultime salle du Musée, on voyait des maquettes d’astronefs et quelques exemplaires authentiques de petits engins monoplaces. Seuls les plus petits modèles pouvaient être contenus dans une simple pièce. Les vaisseaux qui étaient apparus dans le ciel terrien il y’a trois ans de ça étaient autrement plus grands. Au bout de la salle, la seule fenêtre non grillagée du Musée était une grande baie vitrée ouverte vers l’horizon et symbolisant l’esprit de conquête. Comme une blague cynique, cet horizon c’était celui des terriens…

 

A la seconde d’après, le cavalier et sa monture avaient traversé la baie vitrée et plongeaient du septième étage dans les eaux troubles de la Seine.

 

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